Publication des articles de veille scientifique

CIRRHOSE NASH OU CRYPTOGÉNÉTIQUE?

Cette étude a consulté le registre UNOS sur la période 2002 – 2016 pour comparer les caractéristiques des patients avec une cirrhose cryptogénétique (n=7 999) à celles des patients ayant une cirrhose sur NASH (n=11 302), une cirrhose alcoolique (n=21 714) ou une cirrhose auto-immune (n=3 447).

De 2002 à 2016, le nombre de cirrhoses sur NASH augmentait considérablement (1% à 16%), reflétant l’épidémie de NASH, alors que le nombre de cirrhoses cryptogénétiques diminuait de 8% à 4% reflétant probablement une meilleure idenfication des causes de cirrhose et notamment un meilleur classement des cirrhoses d’origine dysmétabolique en « cirrhose NASH ».

Les facteurs indépendamment associés à l’étiologie NASH de la cirrhose étaient : le diabète de type deux, l’obésité, l’âge, le sexe feminin, et la race blanche. Bien que les taux de patients diabétiques et de patients obèses chez les cirrhoses cryptogénétiques étaient significativement supérieur à ceux observés chez les cirrhoses alcooliques et les cirrhoses auto-immunes, ils restaient significativement inférieurs aux taux observés chez les cirrhoses sur NASH. Ces différences persistaient après ajustement sur l’âge, le sexe, et l’année d’inscription sur la liste; ainsi qu’après stratification sur le diabète de type deux ou sur l’obésité.

Les auteurs concluent que les cirrhoses cryptogénétiques sont différentes des cirrhoses sur NASH et que, par conséquent, les cirrhoses cryptogénétiques ne peuvent pas être considérées comme des cirrhoses sur NASH dans les études épidémiologiques. Néanmoins, ces conclusions sont basées sur la cause de la cirrhose enregistrée dans le registre UNOS qui a probablement évolué dans le temps et s’est améliorée avec la meilleure connaissance de l’histoire naturelle de la NAFLD.

MODÉLISATION DE L’ÉPIDÉMIE DE NAFLD EN 2030 AUX USA

Ce travail a utilisé un modèle de Markov reproduisant l’histoire naturelle de la NAFLD pour prédire l’évolution de l’épidémie de NAFLD en 2030 aux Etats-Unis.

D’après les résultats de l’étude, la prévalence de la NAFLD et de ses complications va augmenter d’ici à 2030 :

– NAFLD : +21% (101 millions de patients en 2030 versus 83 millions en 2015)

– NASH : +63% (27 millions en 2030 versus 16.5 millions en 2015)

– Cirrhose : +169% (3.5 millions en 2030 versus 1.3 millions en 2015)

– Cirrhose décompensée : +180% (376 100 en 2030 versus 134 400 en 2015)

– Carcinome hépatocellulaire : +146% (24 900 en 2030 versus 10 100 en 2015)

– Transplantation hépatique : +59% (7 600 en 2030 versus 4 800 en 2015)

TEMPORALITÉ DE LA PRÉVALENCE DE LA NAFLD CHEZ LES PATIENTS CIRRHOTIQUES ET EN ATTENTE DE TRANSPLANTATION AUX USA

Ce travail a utilisé plusieurs bases de données américaines pour évaluer l’évolution de la prévalence de la NAFLD chez les patients cirrhotiques et en attente de transplantation aux USA.

Les résultats montrent que l’impact de la NAFLD augmente progressivement aux Etats-Unis et qu’en 10 ans elle est devenue :

– Une cause aussi fréquente de cirrhose que l’alcool et l’hépatite chronique C

– La seconde cause de cirrhose décompensée, égalité avec l’hépatite chronique C

– La seconde cause de carcinome hépatocellulaire

– Une cause aussi fréquente de transplantation hépatique pour cirrhose décompensée que l’alcool et l’hépatite chronique C

– La seconde cause de transplantation hépatique pour carcinome hépatocellulaire

LA SARCOPÉNIE : UN FACTEUR PRONOSTIC CHEZ LES PATIENTS EN ATTENTE DE TRANSPLANTATION HÉPATIQUE

La présence d’une sarcopénie peut être recherchée en mesurant le volume musculaire au scanner en L3. Cette étude a corrélé la présence d’une sarcopénie et la mortalité sur liste de transplantation hépatique chez 585 patients. 43% des patients avaient une sarcopénie. La mortalité à 3 mois des patients ayant une sarcopénie était plus élevée (48.4%) que chez les patients sans sarcopénie (32.3%, P < 0.001) en particulier chez les patients avec MELD bas (<15). Toutefois un score incluant la sarcopénie au MELD n’était pas supérieur au MELD seul pour prédire la survie des patients. Au total, la sarcopénie est un facteur de risque de mortalité sur liste de transplantation hépatique

DÉPISTAGE DES CANCERS HÉPATOBILIAIRES ET CHOLANGITE SCLÉROSANTE PRIMITIVE

Cette étude a analysé à partir d’une cohorte de 830 patients avec cholangite sclérosante primitive le pronostic de 79 patients avec un cancer hépatobiliaire. Sur les 79 patients, 78% des patients avaient un cholangiocarcinome, 21% un CHC, 6% un cancer de la vésicule biliaire et 4% soit un cholangiocarcinome et un CHC soit un CHC et un cancer de la vésicule biliaire. 51% des patients avec un diagnostic de cancer hépatobiliaire étaient soumis à un programme de dépistage (non standardisé dans cette étude pouvant inclure une IRM hépatique et/ou un scanner hépatique et/ou une échographie hépatique et/ou un dosage du CA19-9). Les patients avec un cancer hépatobiliaire diagnostiqué lors d’un dépistage avaient une survie à 5 ans plus longue (68%) que les autres (20%) (P<0.001). Au total, le dépistage des cancers hépatobiliaires (incluant le CHC et le cancer de la vésicule biliaire en plus du cholangiocarcinome) chez les patients avec cholangite sclérosante primitive semble être associé à une meilleure survie.

LE TRAITEMENT ANTIVIRAL RÉDUIT LA RÉCIDIVE TUMORALE CHEZ LES PATIENTS AVEC HÉPATITE B CHRONIQUE ET TRAITÉS POUR CHOLANGIOCARCINOME

Une équipe asiatique a étudié l’impact du traitement antiviral B sur le risque de récidive tumorale après résection d’un cholangiocarcinome sur hépatite B chronique. 928 patients avec cholangiocarcinome ont été inclus, 123 patients traités par antiviraux B, 576 non traités avec charge virale B basse (< 2000 UI) et 229 non traités avec charge virale élevé (cut off de 2000 UI/ml). La récidive tumorale à 5 ans était plus basse chez les patients traités par antiviraux (70.5%) comparés à ceux non traité ayant une charge virale B élevé (86.5%, P < 0.001). La survie à 5 ans des patients traités par antiviraux était plus élevée (43%) comparés à ceux non traité (20%, P < 0.001). La différence en terme de récidive tumorale et de survie était minime entre les patients traités et ceux non traités avec une charge virale basse. Au total, le traitement antiviral B diminuerait le risque de récidive tumorale et augmenterait la survie des patients avec hépatite B avec charge virale élevée et traités par résection pour un cholangiocarcinome.

SIGNIFICATION MÉTABOLIQUE DE LA QUANTITÉ DE STÉATOSE HÉPATIQUE

Cette étude menée chez 352 patients a évalué le lien entre la quantité de stéatose hépatique (mesurée par spectroscopie IRM), l’insulino-résistance, les perturbations métaboliques et les lésions hépatiques d’inflammation et de fibrose.

L’insulino-résistance du tissu adipeux s’aggravait progressivement avec le degré de stéatose hépatique. L’insulino-résistance du muscle squelettique, ainsi que les taux plasmatiques de triglycérides et de cholestérol HDL s’aggravaient progressivement pour ensuite rester stable au-delà de 6% de stéatose hépatique (qui correspond au seuil classique de diagnostic de la NAFLD). Il n’existait pas de relation entre degré de stéatose et sévérité des lésions inflammatoires ou de fibrose hépatique.

Le fait que la quantité de stéatose hépatique est très corrélé au degré d’insulino-résistance du tissu adipeux renforce la théorie de la lipotoxicité hépatique liée à une dysfonction du tissu adipeux dans la NAFLD.

REVUE SUR LA PRISE EN CHARGE DE LA POLYKYSTOSE HÉPATIQUE

Cette revue récemment publiée dans Journal Of Hepatology fait le point sur les principales questions à propos des patients atteints de polykystose hépatique (isolée ou hépatorénale). Un point particulier est porté sur les traitements potentiels des patients avec une polykystose hépatique symptomatique (traitements médicamenteux, radiologiques et chirurgicales).

RISQUE DE CARCINOME HÉPATOCELLULAIRE CHEZ LES PATIENTS AVEC HÉPATITE B CHRONIQUE ET IMMUNOTOLÉRANTS

Cette étude coréenne a évaluée l’incidence du carcinome hépatocellulaire (CHC) chez des patients avec hépatite B au stade d’immunotolérance (PCR VHB > 20 000 UI, transaminases normales et pas de signes de cirrhose, 413 patients) comparés à des patients avec hépatite B chronique active et traités par tenofovir ou entecavir (1487 patients). L’incidence à 10 ans du CHC était plus élevée dans le groupe immunotolérant (12.7%) comparé au groupe hépatite chronique active traitée (6.1%, P value = 0.001). Le même résultat était observé pour l’incidence de transplantations et de décès (9.7% dans le groupe immunotolérant versus 3.4% dans le groupe hépatite active traitée, P value<0.001). Au total, l’incidence du CHC et des décès est élevée chez les patients avec hépatite B chronique et immunotolérant suggérant que certains de ces patients pourraient bénéficier d’un traitement antiviral.

RADIOEMBOLISATION À L’YTRIUM 90 VERSUS SORAFENIB DANS LES CARCINOMES HÉPATOCELLULAIRES AVANCÉS

Cette étude randomisée contrôlée de phase 3 (de supériorité) française a comparée un traitement par radioembolisation (n=237) à un traitement par sorafenib (n=222) dans les CHC avancés. L’objectif principal était la survie globale. 22% des patients dans le bras radioembolisation n’ont pas pu être traités par radioembolisation. La survie globale était identique dans le groupe radioembolisation (8 mois) comparé au groupe sorafenib (9.9 mois, P=0.18). 41% des patients dans le groupe radioembolisation ont présentés des effets secondaires de grade 3 versus 63% des patients dans le groupe sorafenib. Plus de réponses complètes et partielles à l’imagerie étaient observées dans le groupe radioembolisation (18%) que dans le groupe sorafenib (12%, P value=0.007) alors que le taux de contrôle de la maladie à l’imagerie (réponse complète + réponse partielle + stabilité) était plus important dans le groupe sorafenib (78%) comparé au groupe radioembolisation (68%, P value =0.0346).

Au total, la radioembolisation n’augmente pas la survie globale comparée au sorafenib chez les patients avec CHC avancés.