Publication des articles de veille scientifique

IL-8 : NOUVEAU MARQUEUR DIAGNOSTIQUE ET PRONOSTIQUE DANS LA CHOLANGITE SCLÉROSANTE PRIMITIVE ?

La cholangite sclérosante primitive (CSP) est une maladie cholestatique chronique pouvant évoluer vers la cirrhose mais dont l’évolution est très variable d’un individu à l’autre. Le groupe d’étude international de la CSP (iPSC-SG) a récemment proposé le score ELF (test sérique de fibrose hépatique) comme marqueur pronostique dans la CSP. Cette étude norvégienne avait pour but d’identifier d’autres marqueurs diagnostiques et pronostiques de la CSP. En comparant l’expression de plusieurs protéines inflammatoires dans des prélèvements de biles provenant de patients atteints de CSP (2 cohortes différentes, n= 55 et 34 patients) versus des prélèvements de bile provenant d’autres patients, les auteurs ont identifié 13 protéines exprimées de façon différente entre les patients avec et sans CSP dont la protéine IL-8. L’analyse menée dans 2 autres cohortes indépendantes de patients CSP (n=167 et 138) a montré que la concentration sérique d’IL-8 était significativement supérieure chez les patients CSP par rapport aux contrôles et notamment par rapport aux patients atteints de MICI sans CSP. IL-8 était corrélée de façon significative avec le score ELF et le score Mayo. De plus, la concentration sérique d’IL-8 était inversement corrélée à la survie sans transplantation des patients avec CSP, cependant avec une performance pronostique inférieure à celle des scores ELF et Mayo. Au total, ces résultats suggèrent que la concentration sérique d’IL-8 serait un bon marqueur diagnostique et pronostique de la CSP. Ce nouveau marqueur pourrait être utile à la fois pour servir de critère de jugement dans les études thérapeutiques à venir mais aussi pour comprendre la physiopathologie de cette maladie encore mal connue.

CHEZ LE PATIENT CIRRHOTIQUE AVEC UN MELD SUPÉRIEUR À 18, LE TRAITEMENT ANTIVIRAL C A UN RAPPORT BÉNÉFICES/RISQUES NÉGATIF

Les nouveaux antiviraux directs ont permis de révolutionner le traitement de l’hépatite C avec une efficacité et une tolérance excellentes. Néanmoins, chez les patients avec cirrhose décompensée, les résultats de ces traitements antiviraux sont moins bons, notamment en terme de tolérance. Cette étude espagnole multicentrique rétrospective a inclus 843 patients cirrhotiques traités par antiviraux directs, en condition de « vraie vie ». Comparativement aux patients avec cirrhose Child A (n=564), chez les patients avec cirrhose Child B ou C (n=175), le traitement antiviral avait une efficacité inférieure (taux de réponse virale soutenue à 78% versus 94%) et une tolérance inférieure (taux d’effets indésirables graves à 50% versus 12%). L’effet indésirable grave le plus fréquent était la décompensation de la cirrhose. Le score de MELD avant traitement (avec un seuil à 18) était le meilleur prédicteur de survie chez cette population de patients cirrhotiques. Cette étude appuie donc la prise en compte du score de MELD dans la décision de l’instauration du traitement anti-viral C chez les patients cirrhotiques.

QUELS SONT LES FACTEURS DE RISQUE D’INFECTION APRÈS TRANSPLANTATION HÉPATIQUE À PARTIR DE DONNEURS VIVANTS ?

La transplantation hépatique avec greffon provenant d’un donneur vivant reste une pratique marginale mais sera sûrement amenée à se développer pour pallier la pénurie de greffons. Cette étude américaine monocentrique rétrospective a analysé les dossiers de 223 patients adultes qui ont bénéficié d’une transplantation hépatique avec greffon provenant d’un donneur vivant entre 2000 et 2015. De façon inhabituelle, l’indication de transplantation la plus fréquente dans cette cohorte était la cholangite sclérosante primitive. 56% des patients ont développé une infection durant la première année après la transplantation. La majorité des infections est survenue dans le premier mois après la transplantation. Les facteurs de risque d’infection retrouvés par l’analyse multivariée étaient un score de MELD avant transplantation élevé, des infections récurrentes dans l’année précédant la transplantation, une anastomose bilio-digestive, une transfusion de plusieurs culots globulaires, et la survenue de complications biliaires. Ces résultats intéressants pourraient servir à l’élaboration de guidelines pour l’antibioprophylaxie après transplantation hépatique à partir de donneur vivant.

CARACTÉRISTIQUES CLINIQUES DES CHOLANGITES À IGG4

Une étude multicentrique japonaise a collectée les caractéristiques cliniques de 527 patients atteints de cholangite à IgG4. 83% des patients étaient des hommes âgés de 66 ans. 35% des patients avaient un ictère au diagnostic, 13% un prurit, 11% des douleurs abdominales, 10% une angiocholite tandis que 25% étaient asymptomatique. 95% des patients avaient un autre organe atteint par la maladie à IgG4 et 84% avait un taux sérique augmenté d’IgG4. 79% des patients avaient une cholestase. L’insuffisance hépatique était exceptionnelle (2 patients) et 4 patients seulement ont développés un cholangiocarcinome. 90% des patients ont eu une réponse spectaculaire sous corticothérapie.

Au total, la cholangite à IgG4 est une maladie globalement bénigne avec un risque exceptionnel de développer une insuffisance hépatique ou un cholangiocarcinome.

ANTICORPS ANTI HBS ET RISQUE DE RÉACTIVATION VIRALE B SOUS CHIMIOTHÉRAPIE POUR HÉMOPATHIE

Cette méta-analyse de 20 études a inclue 1672 patients traités par chimiothérapie pour hémopathie et n’ayant pas reçu de prophylaxie antivirale B. Les patients avec un anticorps anti Hbc isolé (sans anticorps anti Hbs) (388 patients) avaient un risque de réactivation virale de 14% contre 5% chez les patients ayant à la fois un anticorps anti Hbc et antiHbs positifs (1284 patients). Les mêmes résultats étaient obtenus dans le sous-groupe des patients traités par rituximab (24% de réactivation pour les anticorps anti Hbc isolé) et les patients avec lymphome (19% de réactivation pour les anticorps anti Hbc isolé).

Au total, la présence d’anticorps anti Hbc positif isolée est un facteur de risque de réactivation virale B sous chimiothérapie pour hémopathie comparé aux patients anticorps anti Hbc et anti Hbs positif.

DIMINUTION DE LA RÉPONSE VIRALE SOUTENUE CHEZ LES PATIENTS AVEC HÉPATITE C CHRONIQUE ET CHC

Cette étude monocentrique américaine a inclue 421 patients avec cirrhose virale C traités par antiviraux de nouvelle génération dont 33% avaient un antécédent de carcinome hépatocellulaire (CHC). 12% des patients sans ATCD de CHC avaient un échec du traitement antiviral comparés à 21% d’échec chez les patients avec ATCD de CHC (P=0.009). 43% des patients avec un CHC actif au moment du début du traitement antiviral avaient un échec du traitement antiviral. Un INR bas, des ASAT élevées, des plaquettes basses, l’ascite et un CHC actif au moment du traitement étaient associés à un risque plus élevé d’échec du traitement antiviral.

Au total, la présence d’un CHC actif au moment du traitement antiviral C serait associée à un risque plus élevé d’échec du traitement antiviral.

ETUDE RANDOMISÉE ÉVALUANT UNE STRATÉGIE DE PRÉVENTION DE LA RÉCIDIVE D’HÉMORRAGIE PAR RUPTURE DE VARICES GUIDÉE PAR LE GRADIENT DE PRESSIONS HÉPATIQUES

Cette étude prospective Espagnole a randomisé 170 malades ayant fait une rupture de varices en 2 groupes :

– 84 malades ont eu une stratégie guidée par le gradient de pressions hépatiques qui consistait à traiter par nadolol les répondeurs aiguës (baisse de plus de 20% du gradient de pressions hépatiques ou baisse au-dessous de 12 mm Hg, 20 minutes après injection IV de propranolol) et les non répondeurs aiguës par nadolol + nitrates. Deux à 4 semaines plus tard, un nouveau cathétérisme était effectué et les répondeurs chroniques restaient traités par nadolol +/- nitrates et les non répondeurs chroniques par nadolol + prazosine + ligature ;

– 86 malades ont été tous traités par nadolol + prazosine + ligature.

Les malades qui étaient dans le groupe guidé par le gradient de pressions hépatiques avaient significativement moins de récidive hémorragique (19% vs 31%) et une amélioration de la survie par rapport aux malades du groupe témoin.

ETUDE PROSPECTIVE DE L’UTILITÉ DE BIOMARQUEURS PLASMATIQUES POUR DIAGNOSTIQUER UNE HÉPATITE ALCOOLIQUE

Le diagnostic d’hépatite alcoolique nécessite une biopsie du foie par voie transjugulaire. Cette technique n’est cependant pas disponible dans tous les centres.

Cette étude prospective Franco-Espagnole a inclus 151 malades avec suspicion d’hépatite alcoolique : 83 malades dans une cohorte test, 68 dans une cohorte de validation. Onze biomarqueurs potentiels ont été testés. C’est la cytokératine 18 soluble (forme M65 ou M30) qui donnait les meilleurs résultats. Une hépatite alcoolique pouvait être écartée chez les malades ayant un taux de cytokératine 18 M65 < 614 U/L (valeur prédictive négative de 88%). A l’inverse, les malades ayant un taux de cytokératine 18 M65 > 2000 UI/L (valeur prédictive positive de 91%) étaient très à risque d’avoir une hépatite alcoolique. Chez les malades ayant des taux de cytokératine 18 M65 entre 641 et 2000 U/L (environ un tiers des malades), une biopsie restait indispensable.

LE GRADIENT DE PRESSION PORTE DOIT ÊTRE MESURÉ AU MOINS 24H APRÈS LA POSE D’UN TIPS

Cette étude rétrospective Barcelonaise incluant 155 malades a analysé la valeur pronostique du gradient de pression porte (différence entre la pression en veine porte et la pression en veine cave inférieure) après TIPS. Les auteurs ont observé que le gradient de pression porte mesuré immédiatement après la pose du TIPS n’est pas une évaluation correcte de ce que sera ce gradient 24h ou plus après la pose du TIPS.

En revanche, les valeurs du gradient de pression porte 24h après la pose du TIPS, chez un malade éveillé et hémodynamiquement stable, sont bien corrélées aux valeurs de ce gradient au long cours et prédisent bien les évènements cliniques (rupture de varices, ascite).

Il est donc recommandé de faire une mesure du gradient porte avant que le malade ne quitte l’hôpital après une pose de TIPS.