Publication des articles de veille scientifique

EMBOLISATION DES ANASTOMOSES PORTOCAVES DANS L’ENCÉPHALOPATHIE HÉPATIQUE

Quelques études ont suggéré que l’embolisation des shunts portocaves pouvait être utile dans certains cas d’encéphalopathie hépatique rebelle au traitement médical. En effet, les praticiens sont parfois totalement démunis en cas d’épisodes persistants d’encéphalopathie malgré un traitement par lactulose et/ou rifaximine. De même, certains patients transplantés pour encéphalopathie hépatique continuent à présenter des épisodes sévères après greffe. Cette série de 20 patients très sévères rapporte des résultats très positifs avec un bénéfice après embolisation de volumineux shunts proche de 90% à 1 an. La faisabilité était bonne car tous les patients ont pu bénéficier de la technique (mais il est vrai que l’étude est rétrospective, ce qui peut comporter un biais de sélection). Il semble donc que cette option radiologique puisse être évoquée en cas d’encéphalopathie rebelle.

HÉMOCHROMATOSE : REVUE DÉTAILLÉE DANS LE LANCET

Le Lancet publie dans l’édition de ce mois-ci une revue sur l’hémochromatose. La physiopathologie est abordée, de même que les éléments d’histoire naturelle et de prise en charge. Les auteurs ont également détaillé le diagnostic différentiel (parfois complexe) avec les autres formes de surcharge en fer non liées à HFE. A lire et à relire !

SÉROPRÉVALENCE DE L’HÉPATITE E EN FRANCE : ÉTUDE MENÉE CHEZ LES DONNEURS DE SANG

L’hépatite E est une pathologie en pleine évolution, en raison de la multiplication des données la concernant. La séroprévalence, notamment en France, est en partie mal connue. Les auteurs de ce travail se sont intéressés à la séroprévalence des IgG et IgM anti-VHE dans une population de plus de 10.000 donneurs de sang répartis sur le territoire français. La séroprévalence globale des IgG (indépendamment de la région) était de 22,4%, ce qui est très élevé, avec des disparités importantes selon les régions (cf. carte de France détaillée fournie dans l’article). La contamination oro-fécale et le réservoir porcin expliquaient une séroprévalence plus élevée en cas de consommation de viande de porc, d’abats, d’huîtres… La consommation d’eau en bouteilles était en revanche un facteur protecteur.

FOIE ET GROSSESSE

Les recommandations de l’American college of gastroenterology et une revue dans Journal of Hepatology sur les atteintes hépatiques au cours de la grossesse paraissent quasiment simultanément.

RECOMMANDATIONS CONCERNANT LES ENDOSCOPIES CHEZ LES MALADES TRAITÉS PAR ANTIAGRÉGANTS OU ANTICOAGULANTS

Ces recommandations proposées conjointement par les sociétés Européenne d’endoscopie digestive et Britannique de Gastroentérologie aident à la prise de décision sur la gestion des antiagrégants et anticoagulants (dont les anticoagulants oraux directs) au cours des endoscopies. Elles prennent en compte sous forme d’arbres décisionnels pratiques le risque hémorragique lié à la procédure et le risque thrombotique lié à l’indication. Le traitement des varices œsophagiennes est notamment évoqué.

UNE MUTATION RÉCESSIVE DU GÈNE DGUOK ASSOCIÉE À L’HYPERTENSION PORTALE NON CIRRHOTIQUE

Les causes et les mécanismes menant au développement d’une hypertension portale non cirrhotique restent mal connus.

L’analyse de 8 cas pédiatriques d’hypertension portale non cirrhotique en utilisant une technique de « séquençage tout exon » a montré l’existence d’une mutation faux-sens récurrente homozygote rare du gène de la deoxyguonosine kinase (DGUOK) chez 3 enfants. DGUOK est une  deoxyguanosine kinase nécessaire à la réplication de l’ADN mitochondrial.

De manière intéressante, la didanosine – qui pourrait favoriser le développement de l’hypertension portale non cirrhotique, entraine aussi une diminution de 60% des taux de la protéine deoxyguanosine kinase. La recherche de cette mutation pourrait permettre d’identifier les malades à risque de développer sous didanosine pour infection VIH une hypertension portale non cirrhotique.

CARCINOME HÉPATOCELLULAIRE APRÈS RÉPONSE VIRALE SOUTENUE DANS L’HÉPATITE C CHRONIQUE

Cette étude se base sur une analyse de registre américain pour étudier la survenue du carcinome hépatocellulaire (CHC) chez 10738 patients avec une réponse virale soutenue (RVS) pour hépatite C chronique et chez 11290 patients sans RVS incluant des patients avec cirrhose (14%). L’incidence du CHC était de 0.327% par an dans le groupe RVS versus 1.32% dans le groupe sans RVS. Dans le groupe avec RVS, les facteurs de risque de survenue du CHC étaient la présence d’une cirrhose (adjusted HR=6.69; 95% CI, 4.32 – 10.35), d’un diabète (adjusted HR=1.88; 95%CI: 1.21 – 2.91), d’une hépatite C de génotype 3 (adjusted HR=1.62; 95% CI, 0.96 – 2.73), un âge plus avancé (and age 65+: 4.51; 1.96 – 10.40 vs. 45 – 54 years old) et l’origine hispanique (adjusted HR: 2.27; 95 CI%,1.07 – 4.80). Chez les patients cirrhotiques avec RVS l’incidence du CHC était de 1.39% par an.

Au total, la RVS est associée à une diminution du risque de CHC qui reste néanmoins présent chez les patients cirrhotiques et suggère de poursuivre le dépistage échographique du CHC chez ces patients.

TRANSPLANTATION HÉPATIQUE POUR ADÉNOMATOSE

Cette étude rétrospective européenne basée sur le registre européen de transplantation hépatique a rapporté les caractéristiques cliniques et histologiques de 49 patients traités par transplantation hépatique pour une adénomatose (définie par plus de 10 adénomes hépatocellulaires). 63% des patients étaient des femmes, 14% avaient une maladie vasculaire hépatique et 33% avaient une glycogénose. 2 patients avaient un diabète de type MODY3, un facteur de risque d’adénomatose hépatique due à une mutation germinale d’HNF1A et 2 patients supplémentaires avaient des ATCD familiaux d’adénomes hépatocellulaires. 33% des patients étaient transplantés pour suspicion de transformation maligne,  31% pour une transformation maligne prouvée histologiquement en pré-transplantation, 16% pour une progression de la maladie en taille et nombre d’adénomes, 10% pour hémorragie et 10% pour une adénomatose symptomatique sans possibilité de résection. Parmi les 15 patients (33%, principalement atteints de glycogénose) transplantés pour suspicion de transformation maligne, seulement 1 patient avait un CHC sur l’explant. Les explants ont été analysés par immunohistochimie dans 23 cas : 10 des adénomatoses étaient composées d’adénomes inactivés pour HNF1A, tandis que dans le reste des cas les adénomes étaient soit inflammatoires soit une association d’adénomes inflammatoires et d’adénomes activés B-caténine.

Les patients atteints de glycogénose avaient plus souvent un CHC. 2 patients sur les 49 inclus sont décédés en post-opératoire et 3 patients décédés de récidive du CHC et 5 patients ont été retransplantés. Après un suivi de 108 mois, 41 patients sur 49 étaient toujours en vie.Au total, la transplantation hépatique reste un traitement exceptionnel des adénomatoses hépatiques mais qui peut être proposée en cas de transformation maligne.

ASPIRINE ET DIMINUTION DU RISQUE DE CHOLANGIOCARCINOME

Une étude américaine publiée récemment dans hepatology a comparé les caractéristiques cliniques ainsi que la prise d’aspirine chez 2395 patients atteints de cholangiocarcinomes (intrahépatique n=1169, hilaire n=995, de la voie biliaire principale n=231) comparés à 4769 témoins sains appariés. La cholangite sclérosante primitive, les maladies congénitales des voies biliaires, la cirrhose, l’hépatite B, le diabète et le tabac étaient des facteurs de risque de développer un cholangiocarcinome. La cholangite sclérosante primitive, le diabète et le tabac étaient associés à un risque élevé de tous les sous-types de cholangiocarcinome, la cirrhose à un risque plus élevé de cholangiocarcinome intrahépatique et de la voie biliaire principale, l’obésité à un risque plus élevé au risque de cholangiocarcinome intrahépatique. La consommation d’aspirine était associée à un risque plus bas de développer un cholangiocarcinome quelque soit sa localisation (OR, 0.41; 95% CI, 0.36-0.45; P<.001).

Au total, cette étude cas-témoin suggère que la consommation d’aspirine protègerait du cholangiocarcinome.