La transplantation hépatique (TH) est de plus en plus réalisée dans le contexte de l’insuffisance hépatique aiguë sur chronique (ACLF). Dans ce contexte, l’évaluation pré-transplantation doit être effectuée rapidement tout en minimisant le risque de négliger des contre-indications. L’objectif de cette étude était de décrire les pratiques actuelles pour l’évaluation pré-transplantation chez les patients atteints d’ACLF.
34 centres de TH européens (dont 16 français) et 22 centres français ne réalisant pas de TH ont été impliqués afin d’évaluer les pratiques d’évaluation pré-transplantation, portant sur les bilans cardiopulmonaires, d’addiction, oncologiques et nutritionnels. Les pratiques ont été comparées selon trois scénarios cliniques : les patients externes (ext), les patients hospitalisés décompensés sans ACLF (H) et les patients atteints d’ACLF admis en unités de soins intensifs (ACLF-USI). Parallèlement, les résultats post-transplantation chez des patients atteints de cirrhose et d’ACLF sévère transplantés dans deux centres à fort volume ont été évalués.
Cinquante-trois centres (96%) ont répondu. Le test de stress cardiologique était rapporté chez 2% des patients ACLF-USI contre 21% des patients ext (p=0,002) et 17% des patients H (p=0,008). La coronarographie, suite à un test non invasif anormal, était moins fréquemment réalisée chez les patients ACLF (42%) que chez les patients ext (76%, p=0,0004) ou H(66%, p=0,01). Les exigences d’abstinence alcoolique étaient plus souvent décidées au cas par cas chez les patients ACLF (62%) que chez les patients ext ou H. Le dépistage oncologique, y compris la coloscopie et la consultation ORL, était également moins fréquemment réalisé chez les patients ACLF-USI. Le temps médian entre le début de l’évaluation et l’inscription sur liste était de 7 jours chez les patients ACLF-USI contre 45 jours chez les patients ext et 18 jours chez les patients H (p<0,0001 pour les deux comparaisons). Dans la cohorte rétrospective (n=221), les patients inscrits sur liste après l’apparition de l’ACLF avaient une incidence plus élevée d’événements cardiovasculaires à 1 an que ceux inscrits avant l’apparition de l’ACLF (19% vs 9%). Chez les patients ACLF-USI, l’évaluation pré-transplantation est nettement abrégée, présentant des lacunes critiques — en particulier dans le bilan cardiologique — ce qui souligne la nécessité de directives dédiées et fondées sur des preuves.